Blâmes
Tu me blâmes
Des bleus à l'âme
Je m'en cogne, même, pas mal

Blême
Au prochain je t'avertis, travesti, je m'invertis

Invertébré, j'ai la colonne lâche
La caboche cabossée
La volonté courbée
D'un roseau
Les pieds dans l'eau
L'humeur aux vents chahutée

Tu me blâmes
Des portes closes
Je m'en tape, déjà, ma dose

Boum
Au prochain je t'avertis, transi, je m'extravertis

Vaurien, j'en vaudrais deux
J'ai pas le sang d'un varan
Ma patience se lézarde
Ma carapace s'écaille
Les branchies bouchées
Je vais m'époumoner

Tu me blâmes
Des ponts cassés
Je m'en balance, au bout d'une corde

Abîmé
Au prochain je t'avertis, brimé, je me sublime

T'es pas le premier
À me reprocher
Ces absences au présent
Ces fuites instantanées
À ce jeu de perdant
Je suis primé, mais je raccroche

Tu me blâmes
C'est mérité
J'en ai ma claque, et le rouge aux joues
Non posse non turbari
Restez envie
Ruminez fantaisies
Restez gourmands, pas gourmets
Restez paresse, féroces
Restez impurs, mélangés
Brassez, embrassez
Restez emballés, désordonnés, déréglés
Bêtes curieuses, contre nature
Restez absurdes, excès, inutiles
Pluriels et singuliers
Restez chair immature
Restez enfants, emplis, inassouvis
Restez interdits

Ne pas pouvoir
Ne pas être troublé
Non posse
Non turbari

Pécher par pensée
Joie anticipée
Non posse
Non turbari

Plaisir attardé
Tristesse mêlée
Non posse
Non turbari

Appétits dévorants
Ivres mais vivants
Non posse
Non turbari

Delectatio morosa
La sagesse n'existe pas

Ne pas pouvoir
Ne pas être troublé
Non posse
Non turbari
Non posse non
C'est décembre
Mes amis
Laissons les fantômes aux patères
Et jetons nous, en pâture
C'est décembre

Nos lèvres salissent les verres
Et les filles deviennent jolies
À mesure qu'ils se vident
Et nous parlons fort, rions grave

Et nos regards nous trahissent
Mais nous faisons partie du décor
Dont nos habits emportent la poisse
Et notre amour n'a pas d'endroit
Et notre amour n'a pas d'envers
Il est partout, il se perd

Et le videur nous sort
Et nous rions encore
Et nos chemins s'égarent
Et nos ombres nous guident
Et nos empreintes s'effacent
Et les fantômes nous suivent
Et la nuit nous oublie
Mais nos paroles en l'air,
à chaque pas résonnent

Et le soleil nous manque
Et quand il paraît,
Nous le maudissons

Faites qu'aujourd'hui soit déjà demain
L'irrésistible ascension
Attrapes-les par la chute
Quand elles titubent sur leur pattes
Arrières
Toutes
Conquises
À croquer
Comme un steak attendri
Faisandées
Mutiques
Et sans résistance

Seuls les gagnants ne perdent pas
Seuls les imbéciles se trompent

Elles adorent ça
Ta langue de beauf
Un bâillon
Ton haleine de hyène
Coma
Aux relents de ton estomac
Tout fuit de ta bouche
Factice
Ta crinière de crâneur
Fatigué et falot

Seuls les gagnants ne perdent pas
Seuls les imbéciles se trompent

À genou elles élèvent
Ton chibre déchu sans chimie
Ta carcasse de grande crasse
Tu t'endors
Carnassier impotent
Roi des chiottes
Grattant la bourse
La peau du cul
Flatulant dans la soie

Seuls les gagnants ne perdent pas
Seuls les imbéciles se trompent

Au réveil
Ton coeur défaille
Ces pochardes pas si cruches
T'ont fait les poches
Garde-fou
Tu me gardes fou

Tranches-moi
Ou gardes-moi fou
Regardes ma trogne
Ma foi s'égare
Mon foie se grise
Mes égards s'épuisent
Tu t'en détournes
Le manque de preuves m'éprouve
Je mendie ma dose maladroitement

Tu me gardes fou

Je voudrais qu'on se fende la gueule
Mais c'est le chou qui prend
Je voudrais qu'on s'effeuille
Mais j'ai plus de bourgeons
Je voudrais qu'on se rentre dedans
Mais nos tête-à-têtes ont des queues de poisson
Je voudrais être bouillant
Je ne suis que bouillotte
Et tu portes la culotte
Quand je te préfère sans
J'avoue, j'ai jeté un œil dans d'autres chandails
Depuis je bégaye et baisse les deux
J'ai le cœur d'artichaut qui fane
Tremblant de toutes les embrasser
La fleur bleue confondue
Mes bras confessent
Leurs culs me condamnent
Mais j'ai pas triché
Je cherche le truc pour pas troquer
Le nid d'amour contre un lit de mort

Tu me gardes fou

Donnes-moi la fiole ou l'antidote
Piques une colère ou pinces-moi
Laisses-moi dévoiler tes faces
Pas d'aperçu, ni d'au revoir, je veux tout ravir

J'en perds le fil
J'en perds la face
Et demande l'asile
Entre tes soins
Bien arrivé
Parti depuis des mois
Tu ne sais plus
Le périple parcouru
Les frontières passées
À prix négocié
Mû par l'urgence
Le doute
Par le danger effacé

Parti depuis des mois
Tu ne sais plus
Qu'à chaque étape
S'est allégé ton sac
Ne restent plus
Qu'une brosse à dents
Une couverture
Une batterie de secours

Parti depuis des mois
Tu ne sais plus
Que chaque jour tu partageais
Avec ta mère tes avancées
"La mer est calme ce soir,
ils disent qu'on va pouvoir traverser"
Elle répondait par des prières
Des regrets
De t'avoir encouragé

Puis un jour tu écris
"Bien arrivé"
Tu ne sais plus quoi ajouter
Tu ne vas pas lui avouer
Qu'ici rien n'attend rien
Personne
Qu'ils ont plus d'attentions pour un chien
Que pour un être humain
Pour eux
Tu seras toujours douteux
Tu seras toujours crasseux

Dans l'entre-deux
Dans l'attente
Dans ta tente pleine de boue
Tu ne sais plus où
Mais tu es bien arrivé
Ici m'aime
Ici m'aime
Ici m'embaume

(là)
Les larmes s'estompent
Dans l'odeur de terre retournée
Dans quelques fleurs fanées
Un caillou choisi, poli, posé

Ici m'ajoure
Ici me troue

(là)
Le souvenir s'émousse
Dans un morceau de pierre sans décoration
Dans cet endroit perdu
Dans cet endroit perdu

Ici m'éteint
Ici m'étend

(là)
Dans le calme de cette vallée
Qu'un train quotidien sait révéler
Un mètre carré de terre
Attends un corps à absorber

Ici me repose
Ici me décompose
Ici me terre
Ici me nuit
Ici m'aime
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